mercredi 16 mai 2018

Un dernier coup d'oeil

Avant de partir, vérifier que tout est en ordre. Donner à manger aux chats, vérifier les valises pour ne rien oublier (en sachant qu'on oubliera forcément quelque chose quand même), faire un dernier tour au jardin pour un dernier coup d'oeil. S'apercevoir qu'avec ce foutu temps les fleurs qui auraient du s'ouvrir le feront quand nous aurons atteint le haut du chemin. Et prendre la route vers l'océan. Voilà pour les jours prochains. Quand je reviendrai j'aurais beaucoup de choses à faire, à lire, à écrire et à partager. Gardez bien la maison et respirez le parfum de ces quelques fleurs cueillies pour vous à l'instant.












A bientôt !

mardi 15 mai 2018

Ma mère

Je suis le vagabond, le marchand de bonheur, je n’ai que des chansons à mettre dans les cœurs, vous me verrez passer chacun à votre tour…. passer au vent léger au bon vent de l’amour, j’ai l’automne et l’hiver, le ciel et la mer, le printemps et l’été pour chanter… 
 Ma mère aimait cette chanson que moi aussi j'aimais chanter.  




Petit bout de mémoire, carré d’une vie dans un tiroir enfoui. Saveur de l’enfance encore épanouie. Oeufs durs salades. Pommes volées de l’oubli. Regard tourné vers une Pinatèle d'où, un jour d'avril,  j'aperçus mes Enclos,  rentrant à la maison aprés un long exil. Ma mère n'était pas avec moi, mais je courrais vers elle, impatiente d'être serrée dans ses bras. C'est ici qu'elle guettait nos retours de l'école où chamaillées par les plus grands, nous ne pouvions nous défendre, ma soeur et moi.

Elle nous accompagnait à l'école, les jours d'hiver afin de nous faciliter le passage entre les congères  qui parfois étaient infranchissables. Nous rebroussions chemin et rentrant à la maison, nous nous chauffions prés de la cheminée en attendant qu'elle ait terminé son ouvrage. 
Nous partagions alors avec elle les souvenirs des temps jadis et nous étions transportés dans les pas d'un aïeux frappant ses sabots sur le sol pour faire tomber la neige. Ou bien jetant sa tourte de pain aux loups qui le suivaient, afin de pouvoir rentrer tranquille à son foyer.
Elle nous parlait des longs hivers, des travaux qu'il faut faire. Elle nous parlait de son père, de la guerre, et nous apprenions à connaitre cet homme qui aimait tant les chiens. Savait chanter et apprécier ses amis.
Elle nous racontait comment il partait le matin sur les chantiers et comment le soir son chien allait l'attendre à la nuit tombée. Le chien savait toujours par quel chemin il allait le trouver. Quand il mourut, ce chien partit tous les jours sur sa tombe. Pendant trois mois. Un soir il ne revint pas. On le trouva étendu aux pieds de son maitre, mort de chagrin à son tour. Youki. Il s'appelait Youki. C'était un jour de mars 1946.




Elle resta seule avec sa mère, démunie et désemparée. Elle avait 22 ans.  Il fallait gagner sa vie. Elle tricota pour les dames de Paris. Une cousine établie dans la capitale, lui procurait sa clientèle qui lui fournissait la laine. Gardant ses 4 vaches en bordures des taillis, de fil en aiguille, elle confectionnait des habits. Les aprés midi, il fallait aller à la vigne ou aux champs, se casser le dos à cultiver la terre de ce sol rocailleux si bas aux miséreux.  






Et puis elle rencontra mon père. 
Ils eurent 7 enfants, dont je suis la première. De sa vie, elle ne connut que peu le bonheur. Tant de souffrances partagées entre  les durs travaux des champs, les soins aux enfants, le bétail et la misère au quotidien.  Je me surprends parfois à penser quelle aurait été sa vie si comme nous elle avait eu un peu de confort, accès à une culture dont elle était par ailleurs friande, aux loisirs dont elle aurait bien su profiter pour se distraire, et seulement au repos de temps en temps. Il m'arrive de me dire qu'elle aussi aurait su créer de belles choses, si seulement elle en avait eu la possibilité matérielle. Ma mère écrivait bien. Elle avait le don du dessin. Elle savait chanter et appréciait la beauté des choses.Si les femmes en son temps avaient eu la chance que nous avons, Elle aussi aurait pu profiter de la vie comme chacun peu l'apprécier aujourd'hui. Ma mère est née le 15 mai 1924. Elle aurait 94 ans.

lundi 14 mai 2018

Un vélo dans le coeur.



Dans Paris à vélo, je dépasse les autos, dans Paris à vélo je dépasse les taxis. Bien sûr cela vous rappelle à tous quelque chose. Jolie mélodie que nous fredonnions jadis en sifflotant sur la colline aux lilas blancs. Quand nous rentrions fourbus de notre escapade, nous nous arrêtions chez la boulangère aux grosses lunettes et dégustions un pain au chocolat. Celui qui restait de la veille ou du matin et nous nous apprêtions à prendre dans le hall de la gare un café blanc. C'était il y a bien longtemps. Avant d'aller travailler, nous nous autorisions cette sortie matinale, le long des quais ou bien du jardin des plantes. Puis nous prenions le métro jusqu'à notre point de chute, l'usine ou le bureau. Nous nous demandions à chaque fois, pourquoi ne pas aller au travail en vélo ? Mais cela devenait une expédition impossible à entreprendre entre les files de conducteurs pressés et souvent irascibles et le temps chronométré pour ne pas se faire avoiner par le chef d'atelier. Alors, nous nous octroyons cette bienfaisante excursion matinale, histoire de nous mettre en forme pour la journée avant de rentrer à la maison prendre une douche rapide et descendre en moins d'un quart d'heure à la station de train de métro ou d'autobus et commencer notre périple dans Paris qui s'éveille encombré de mille et une façons.
J'aimais le vélo. Particulièrement. Cette révélation m’apparut lors de ma prime enfance. Ma mère, paysanne Auvergnate nous racontait souvent comment enfant avec son frère, dès que venait juillet, elle allait chiper le journal sous la porte de son voisin pour quérir les exploits d'Antonin et de Pierre Magne, de Sylvère de Charles ou Romain (tiens : Romain, quel merveilleux prénom!) Maes.
Le frère et la sœur dépliaient le journal, regardaient le résultat de l'étape du jour et reposaient soigneusement le dit journal à sa place sous la porte du Léon Mayade, puisque c'est à lui qu'ils l'empruntaient. Quand j'entendais maman raconter avec quelle passion elle suivait le tour de France, je ne pouvais moi même résister à l'attrait de cet incroyable effort accompli par mes champions préférés : Rick Van Looy, Fédérico Bahamontès, mon aigle de Tolède, Jacques Anquetil et bien sûr Raymond Poulidor ! Parce qu'éternel second j'avais un faible pour les malchanceux et les meurtris de la vie. D'ailleurs la première image de Poulidor que je garde en mémoire, c'est celle d'un jeune paysan conduisant un char de foin avec ses bœufs ou même ses vaches, car la pauvreté aidant, il fallait travailler dur pour arriver à un résultat. Il était des nôtres. Je me reconnaissais complètement dans la souffrance physique qui était la sienne, dans cette vie de laborieux qui était la sienne et la mienne en même temps. Déjà toute gamine, l'injustice me révoltait ce qui me prédestinait inévitablement à une longue carrière au service de la défense des victimes et des laissés pour compte sur le bord de la route pavée d'embûches.
Je suivait assidument les exploits de chacun, sur mon transistor, calé dans la gorbe de foin. Le Charles, notre voisin à mes côtés se ravissait lui aussi d'écouter l'étape du jour en notre compagnie. Nous échangions nos impressions, nous nous livrions aux pronostics parfois hasardeux, mais chacun trouvait une source de plaisir et de dialogue avec l'autre, même d'un avis différents. Nous nous chamaillons aussi parfois, avec nos voisins qui ne se privaient pas de nous contredire mais avec Charles nous étions toujours du même avis. Nous avions une complicité, celle de l'ailleul et de l'enfant, qui était indéfectible et ne se retrouve pas si souvent.
Quand j'eus ma première bicyclette, je parcourrais les chemins et me grisais du vent. Je découvrais de nouveaux horizons, j'allais de plus en plus loin. Cela me ravissait chaque jour. Je garde de ces découvertes, le merveilleux souvenir de mon enfance et de ma jeunesse. Je m'épris d'un coureur cycliste, je me calais dans sa roue et n'en déviais pas. Longtemps, je crus que l'amour était en dehors de ce que j'éprouvais pour lui. Mes copines étaient amoureuse de Johnny, de Cloclo, de Woody Allen (c'est lui sur la photo, je le reconnais bien!) ou de Delon. Moi, c'est l'homme du peloton qui me fascinait et me faisait rêver au prince charmant.

dimanche 13 mai 2018

Turquoise


Le mot en couleur de ce mois de mai, choisi par Anne, c'est le turquoise associé à la culture. Mais moi, trouver du turquoise avec un rapport avec la culture ? A priori, cela peut se faire. Dans les tentures des musées, sur les oeuvres  des grands peintres. Pour moi c'est un casse tête. Je ne fréquente que trés peu les musées et pour ce qui est de la peinture ? Miro, Pablo, Monet, d'autres aussi de ce siècle. J'aime les belles choses, mais n'y entends rien du tout.
Alors j'ai chercher un peu partout. Rien chez les vaches, rien chez les chèvres les chevaux et les ânes. Je n'ai rien trouvé que mes paysages. Quand l'été le vert des forêts vient se mirer dans les eaux pures d'un lac de montagne où se reflète un ciel d'azur.
Dans les tourbières de Clamouse
Dans les eaux du lac de la Cassière
Dans celles de la Bretagne où le gris se mêle à l'argenté du sable mouillé de Gwin Zygal

Sur le granite des côtes Paimpolaises
Au ciel de Bréhat

Où dans les eaux claires de Bonaparte.
Dans le bleu vert de l'Isère
dans le marron vert d'une source Lotoise
Dans mes lacs d'Auvergne, comme à Tazenat
Dans celles du lac Chambon
Mieux encore dans les profondeurs du lac Pavin
Sur le dessus d'un lit de vacance et dans les jolis yeux de mon chat.

samedi 12 mai 2018

Envies

J'ai envie de  rouge :
de bleu :
 de jaune pourpre :
 de fuchsia :
de jaune :


 de blanc :
 de mauve :
 de doré :
 de vert :
 Belle balade hier sous un ciel bleu sans nuage, le long de la Vienne.







 et de son moulin du Got.





 Besoin de calme de détente et d'air pur ?
C'est ici.
Quand j'étais jeune, bien plus jeune, si on me demandais parfois quelle était ma saison préférée, je répondais invariablement : le mois de juillet. C'était les vacances, l'odeur des foins, les longues journées passées à les rentrer (les foins). Les soirées étoilées où bien fatigués, nous nous calions, enfants,  contre les jambes de mon père, assis devant la porte écoutant les crapauds chanter. Les étoiles qui brillaient nous indiquaient la Grande Ourse, le Chariot, le Berger. Le Berger c'est la première qui s'allume. Celle qui indique au berger qu'il faut rentrer. J'en voyais un conduire son troupeau, son chien jaune et gris sur les talons. Sa longue cape et son bâton me le faisait distinguer des autres hommes rentrant des champs. Dans une chaumière, les femmes chantaient en préparant le chaudron. Mon père nous contait les étoiles, une à une qui s'allumaient. Et dans le ciel, j'y voyais des chaumières pour tous les voyageurs de l'espace. Mon grand père habitait la plus proche, de là haut, il nous  guidait. Cela me rassurait. La plénitude de juillet a toujours pour moi quelque chose de sacré. Mais avec le temps, j'ai appris à apprécier le charme des autres mois de l'année. J'aime toutes les saisons et je trouve à chacune des raisons d'être heureuse et bien dans cette nature magnifique qui recèle tant de secrets.

Un dernier coup d'oeil

Avant de partir, vérifier que tout est en ordre. Donner à manger aux chats, vérifier les valises pour ne rien oublier (en sachant qu'on ...